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Retenir un parfum : le design des boîtes à épices juives

il y a 4 jours
5 min de lecture

Des tours ajourées au poisson d’argent articulé, les boîtes à épices de la Havdalah réunissent forme, manipulation et parfum dans une tradition rituelle précise.

Un contenant tient normalement son contenu à l’écart du monde environnant. Une boîte à épices utilisée pour la Havdalah remplit une tâche plus particulière : elle retient une matière aromatique tout en permettant d’en percevoir le parfum. Cela donne aux ouvertures, aux couvercles et au rapport avec la main une importance inhabituelle. Les tours d’argent et les formes animales conservées dans les collections des musées sont de petits objets fascinants, mais leur design devient plus intelligible lorsqu’on les aborde à travers le rituel juif pour lequel ils ont été fabriqués.

Vue latérale d’une boîte à épices en argent en forme de poisson, avec un œil vert, des écailles superposées et une queue relevée.

Boîte à épices en forme de poisson (Besamim), 1813. Vue latérale. Achat, don de Manda et Albert Kalimian en l’honneur de Sabrina et Daniel Kalimian, 2025. The Metropolitan Museum of Art. Domaine public, CC0. Collection · CC0 · Politique relative aux images

Cinq photographies authentiques de musée examinent une même boîte à épices viennoise en forme de poisson de 1813. Sa silhouette, sa tête articulée, les lettres hébraïques et sa surface d’argent se lisent sous des angles complémentaires.


La Havdalah marque la fin du Shabbat et la transition vers la semaine qui vient. Les notices des musées décrivent des bénédictions faisant intervenir du vin, une bougie et des épices parfumées ; leur odeur apporte du réconfort à la fin du sabbat. Un récipient peut passer entre les participants pour être senti. Ces objets appartiennent donc à une pratique du temps sacré et de l’action partagée. Leur parfum n’est pas simplement un parfum d’ambiance, et leur attrait visuel ne doit pas les détacher du contexte religieux qui donne sens à leur usage.

Vue oblique de la boîte à épices en argent en forme de poisson, montrant sa tête, ses nageoires et son corps effilé.

Boîte à épices en forme de poisson (Besamim), 1813. Vue oblique du même poisson, distinct de la tour du Jewish Museum. Achat, don de Manda et Albert Kalimian en l’honneur de Sabrina et Daniel Kalimian, 2025. The Metropolitan Museum of Art. Domaine public, CC0. Collection · CC0 · Politique relative aux images


Le Jewish Museum de New York conserve une tour d’argent datée d’environ 1550, avec des réparations et des ajouts attribués à 1650–51. Son catalogue situe provisoirement sa fabrication à Francfort-sur-le-Main. Quatre étages architecturaux comportent des ouvertures en forme de fenêtres, tandis qu’un pinacle et de petites tourelles couronnent le sommet. Le musée rapproche sa forme de l’orfèvrerie architecturale de l’époque et propose un lien avec les formes de tours des encensoirs. Il s’agit toujours d’une interprétation historique, plutôt que de la preuve d’une origine unique pour toutes les tours à épices.


Une ouverture à double fonction

Sur cet objet, une ouverture remplit deux rôles à la fois. Elle participe à l’architecture miniature et interrompt l’enveloppe métallique. Le même vide peut se lire comme une fenêtre ou comme un élément de la relation du récipient avec l’air. Cette double lecture est l’attrait central du design : construction et représentation se rencontrent dans un détail minuscule. La forme de tour offre aussi au regard plusieurs étapes, de la base à la chambre puis au pinacle, transformant un objet rituel tenu à la main en une séquence architecturale.

Une boîte à épices viennoise de 1813, conservée au Metropolitan Museum of Art, prend la forme d’un poisson. Faite d’argent et de verre doublé d’une feuille métallique, elle mesure trente-quatre centimètres de long. Sa tête est articulée et son ouverture révèle des lettres hébraïques désignant les Dix Commandements. Le Met indique que des boîtes à épices en forme de poisson apparaissent dans les communautés juives d’Autriche, de Pologne, de Russie et d’Allemagne. Cet exemple appartient donc à un vocabulaire régional documenté ; il n’autorise pas à attribuer une symbolique universelle à chaque récipient en forme de poisson.

Récipient en forme de poisson ouvert, vu d’en haut, montrant les lettres hébraïques à l’intérieur de sa tête articulée.

Boîte à épices en forme de poisson (Besamim), 1813. Tête ouverte montrant les lettres hébraïques désignant les Dix Commandements. Achat, don de Manda et Albert Kalimian en l’honneur de Sabrina et Daniel Kalimian, 2025. The Metropolitan Museum of Art. Domaine public, CC0. Collection · CC0 · Politique relative aux images


Ici, le point d’accès devient une articulation anatomique. Une jointure entre la tête et le corps accueille la charnière : une action nécessaire au contenant s’intègre ainsi à la créature représentée. Le passage de la tour au poisson modifie aussi l’axe dominant de l’objet, de la verticale à l’horizontale. Ces différences invitent à observer comment l’objet est tenu et abordé, sans supposer que chaque foyer suivait une chorégraphie identique. La forme peut façonner une rencontre même lorsque l’histoire précise des gestes de manipulation n’a pas été conservée.

Boîte à épices en argent en forme de poisson, dont la tête est soulevée par rapport au corps.

Boîte à épices en forme de poisson (Besamim), 1813. Le même poisson, tête ouverte. Achat, don de Manda et Albert Kalimian en l’honneur de Sabrina et Daniel Kalimian, 2025. The Metropolitan Museum of Art. Domaine public, CC0. Collection · CC0 · Politique relative aux images


Une forme dessinée autour de la main

Le North Carolina Museum of Art offre une comparaison plus récente avec la boîte à épices d’Iris Tutnauer, conçue en 1998 et fabriquée en 2014. De fines feuilles d’argent forment une cosse inspirée de mains en coupe. Le musée décrit des éléments mobiles permettant de placer les épices à l’intérieur et explique le lien entre la chaleur des mains et la libération du parfum. Sa notice précise aussi que cet objet particulier n’a pas été utilisé lors d’une cérémonie de Havdalah. La fonction rituelle prévue et l’usage documenté constituent deux types de preuves différents.

La comparaison est révélatrice parce que l’objet récent prend la main comme base de son contour, tandis que les exemples historiques s’inspirent d’un bâtiment et d’un animal. Tous peuvent être considérés à travers l’enveloppe, l’accès et le mouvement du parfum. Leurs langages visuels diffèrent sans rendre l’un plus authentiquement fonctionnel qu’un autre. Une représentation élaborée n’est pas nécessairement un obstacle à l’usage, et une surface sobre ne prouve pas à elle seule un lien plus étroit avec le rituel. De tels jugements négligeraient la coexistence du sens et du fonctionnement.

Vue rapprochée de l’œil vert, de la tête incisée, des nageoires et des panneaux d’écailles superposées du poisson d’argent.

Boîte à épices en forme de poisson (Besamim), 1813. Détail du même poisson ; comparaison historique avec la cosse d’argent de Tutnauer. Achat, don de Manda et Albert Kalimian en l’honneur de Sabrina et Daniel Kalimian, 2025. The Metropolitan Museum of Art. Domaine public, CC0. Collection · CC0 · Politique relative aux images


Une photographie de musée ne peut communiquer le parfum que ces récipients devaient offrir. Elle peut en revanche attirer l’attention sur les éléments qui font de l’odeur une partie de l’objet : la chambre, l’orifice, la tête ouvrante, l’espace entre les feuilles d’argent. Lus avec leur contexte culturel, ces détails montrent un design qui travaille à travers plusieurs sens. La boîte à épices retient quelque chose de temporaire dans une forme durable, donnant à un moment parfumé un objet par lequel il peut être partagé.

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